Accoucher aujourd’hui

, par  Delphine Delarue

Le jour J approche. Après neuf mois d’attente, vous allez enfin faire connaissance avec votre bébé. Mais d’abord il va falloir se concentrer sur une étape incontournable : l’accouchement. Redouté par certaines futures mamans, fantasmé par d’autres, ce moment si particulier marquera votre esprit pour la vie. Des premiers signes annonciateurs jusqu’à la mise au monde, voici le détail de tout ce qui vous attend.

Après des mois d’attente, votre bébé ne va pas tarder à montrer le bout de son nez. Sa chambre est aménagée, votre valise pour la maternité est bouclée, tout est prêt. Cette naissance, vous l’avez bien préparée, vous l’avez rêvée et même, parfois, cauchemardée. Rien d’anormal à cela. «  Les projections et les angoisses liées à l’accouchement sont tout à fait logiques, surtout s’il s’agit d’un premier enfant, assure Catherine Ryo, sage-femme à la maternité de l’hôpital de Saint-Nazaire. Certaines futures mamans ne connaissent pas encore bien leur corps, elles peuvent redouter de souffrir, avoir peur de l’inconnu ou de ne pas être à la hauteur. Il faut simple­ment qu’elles se disent que l’équipe de la maternité sera là le jour J pour les accompagner et les soutenir. La majorité des accouchements se passe très bien ! L’idée, c’est aussi d’essayer de bien appliquer les conseils donnés lors des séances de préparation et de rester attentive aux premiers signes du travail.  » Parmi ces signes : les contractions d’accouchement. Différentes de celles que vous avez pu ressentir lors du dernier ­trimestre de votre grossesse, elles sont plus intenses et plus ­douloureuses. «  Ces contractions-là serrent vraiment le ventre, comme une ­ceinture, elles arrêtent la patiente dans ce qu’elle est en train de faire et lui coupent le souffle, indique Catherine Ryo. Au début, elles sont espacées et supportables, puis elles se rapprochent et gagnent en intensité.  »

Départ pour la maternité

Pour une première naissance, on considère qu’il faut attendre d’avoir ressenti des contractions douloureuses et régulières toutes les cinq à dix minutes pendant deux heures avant de se rendre à la maternité. Chez une femme qui a déjà accouché, ­l’attente est ramenée à une heure. Durant ce laps de temps, essayez de vous détendre et de bien respirer. Vous pouvez éventuellement vous faire couler un bain chaud et prendre deux comprimés de Spasfon pour calmer la douleur.
Autre signal de départ : la perte des eaux. Elle peut intervenir à n’importe quel moment, avant ou après le début des contractions. «  Pour ma part, c’est arrivé en pleine nuit, se souvient Tiphanie. Ça m’a réveillée d’un coup, j’étais complètement trempée, comme si on avait jeté un verre d’eau dans mon lit. J’ai tout de suite su que c’était ça : impossible de se tromper !  » Le liquide amniotique qui s’écoule est clair et transparent, il faut alors se rendre rapidement à la maternité, parce que le bébé n’est plus dans son ­environnement stérile. Même principe si vous perdez du sang ou si vous ne sentez plus votre enfant bouger. N’hésitez pas à vous déplacer à la moindre inquiétude : en fin de grossesse, il n’y a pas de petit motif de consultation.
«  En revanche, contrairement à ce que pensent beaucoup de futures mamans, la perte du bouchon muqueux n’est pas le signe d’un accouchement imminent, précise Virginie Bonjour, sage-femme à la maternité des Bluets à Paris. C’est simplement la conséquence d’une modification du col de l’utérus : il se ramollit, et des sécrétions glaireuses parfois sanglantes peuvent s’évacuer. On ne demande pas aux patientes de venir à la maternité pour cela : l’accouchement peut intervenir plusieurs jours, voire plusieurs semaines après la perte du bouchon muqueux.  »

La prise en charge

Lorsque vous arrivez à la maternité, la sage-femme qui vous accueille place un monitoring sur votre abdomen pour contrôler la façon dont le rythme cardiaque du bébé réagit aux contractions. Elle pratique également un toucher ­vaginal afin d’évaluer la dilatation de votre col et l’état d’avancement du travail. En général, cette sage-femme vous suivra pendant toute la durée de l’accouchement. C’est elle qui va vous accompagner, vous et votre conjoint, dans la venue au monde de l’enfant. Le lien qui s’établit peut donc devenir très fort. «  Toute ma vie je me souviendrai de la sage-femme qui était à mes côtés, confie Aurore. Sa gentillesse, sa douceur, sa sérénité. Je ne sais pas comment j’aurais fait sans elle ! Le papa était encore plus stressé que moi et elle a su nous rassurer.  » Les compétences médicales de la ­sage-femme demeurent toutefois restreintes. Elle peut suivre la grossesse, prescrire des examens, établir un ­diagnostic sur l’état d’avancement du travail, assurer la mise au monde et gérer les suites de couches, mais uniquement dans la normalité. A la moindre ­complication, elle passe la main à ­l’obstétricien.
Une fois que la sage-femme a vérifié que tout allait bien pour le bébé et la maman, elle laisse généralement le ­travail se faire en passant régulièrement pour contrôler le monitoring et mesurer les modifications du col induites par les contractions. Celles-ci aident aussi le bébé à amorcer sa descente dans le ­bassin. Cette phase d’attente peut être plus ou moins longue et douloureuse selon les patientes.

La gestion de la douleur

Quand la dilatation du col atteint environ 4 centimètres, la sage-femme peut proposer la péridurale. Posée par l’anesthésiste, celle-ci consiste à introduire une aiguille au niveau du dos, entre la troisième et la quatrième lombaire, pour atteindre l’espace péridural. Un cathéter, par lequel sera injecté le produit ­anesthésique, y est ensuite glissé. La péridurale, très efficace, met environ une quinzaine de minutes à agir, et on peut la renouveler si besoin. Bien qu’impressionnante, cette ­intervention n’est généralement pas douloureuse. Cela permet de mieux supporter l’étape suivante, c’est-à-dire la phase active : à ce moment-là, les contractions deviennent plus violentes et le col se modifie plus rapidement. «  Chez une femme pour qui c’est une première naissance, on parle en moyenne d’une dilatation de 1 centi­mètre par heure. Chez une multipare, ce sera plutôt 2 à 3 centimètres. Mais il n’y a pas de règle : dans notre métier, il y a quelques généralités et beaucoup de cas particuliers  », constate Catherine Ryo.
La présence du conjoint peut aider à ­passer le temps et à gérer la douleur s’il n’y a pas de péridurale. «  Le rôle de soutien du père ou de l’accompagnant est très important, souligne Virginie Bonjour. Mais cette présence doit être souhaitée et non imposée. On accorde d’ailleurs une attention bien particulière aux femmes qui viennent accoucher seules.  »
Quand la dilatation du col atteint 10 centi­mètres et que le bébé est bien engagé dans le bassin, on vous installe pour les efforts expulsifs. Le plus souvent, vous serez allongée sur le dos. Accompagnée par la sage-femme, elle-même secondée par une auxiliaire puéricultrice, vous commencez à pousser en même temps que les contractions pour aider le bébé à sortir. Cette phase d’efforts intenses dure au maximum une demi-heure.

Forceps, spatules ou ventouse

«  Parfois, au moment de l’expulsion, le bébé présente des signes de fatigue, précise le docteur Philippe Deruelle, professeur de gynécologie obstétrique au CHRU de Lille. Cela se traduit par des anomalies de son rythme cardiaque visibles au moni­toring. C’est le signe qu’il supporte mal les contractions. La sage-femme appelle alors l’obstétricien et ce dernier peut envisager une extraction instrumentale avec les forceps, les spatules ou la ventouse.  » Les conséquences pour l’enfant ne sont plus aussi traumatisantes que par le passé, à une époque où l’on allait le chercher alors qu’il était encore placé très haut dans le bassin. Aujourd’hui, l’utilisation de ces instruments ne se fait que quand le bébé est bien engagé dans la partie basse. Il aura donc peu de séquelles : peut-être un hématome, des rougeurs et quelques douleurs qui pourront être traitées avec du paracétamol.
Qui dit instruments peut dire aussi risque augmenté d’épisiotomie, bien que cela ne soit pas systématique. Cette incision tant redoutée par les mamans est pratiquée par le médecin ou la sage-femme au niveau du périnée sur 2 à 3 centimètres, au moment de l’expulsion, pour faciliter le passage du bébé.  «  On essaie de ne la pratiquer que quand c’est vraiment nécessaire, c’est-à-dire quand l’enfant est bloqué par le périnée,  » ajoute le professeur Deruelle. Mais il faut savoir que dans la moitié des cas, les patientes accouchent sans épisiotomie ni déchirure. 
Quand le bébé est enfin là, reste une dernière chose : l’expulsion du placenta. C’est la délivrance. Vous êtes toujours allongée, les contractions reprennent, mais moins intensément. Vous devrez pousser à nouveau, mais la sage-femme pourra aussi vous aider manuellement. Une fois expulsé, le placenta est examiné par la sage-femme, qui vérifie qu’il est bien complet.

Et la césarienne ?

Parfois, la naissance par voie naturelle se révèle impossible. «  Si le bassin de la maman est trop étroit ou si l’utérus a été fragilisé par de précédentes interventions – le retrait d’un fibrome par exemple –, on programme une césarienne  », explique le professeur Deruelle. Cette intervention, qui concerne environ 20 % des naissances en France, peut aussi être décidée en urgence. «  C’est le cas quand au cours du travail le bébé montre des signes de souffrance alors qu’il n’est pas encore engagé dans le bassin. On prend aussi la décision quand le col ne s’ouvre pas ­malgré ­plusieurs heures de travail ou quand l’enfant ne veut pas descendre.  »
Avant cela, plusieurs techniques sont utilisées pour que le bébé se décide à s’engager : faire marcher la maman, à condition qu’elle ne soit pas immo­bilisée par la péridurale – il existe aussi des péridurales ambulatoires – ; lui faire changer de position, la mettre sur le côté ; percer la poche des eaux si elle est encore intacte ou encore administrer de l’ocytocine pour intensifier les contractions. Chaque situation est différente, mais dans tous les cas c’est la souffrance fœtale (ou des ­complications pour la maman) qui ­accélère la décision de césarienne. A partir de là, tout va très vite. «  L’anesthésiste, l’infirmière et d’autres personnes sont arrivés en même temps dans la salle de naissance, raconte Oriane. On m’a emmenée au bloc rapidement, tellement vite qu’on a failli perdre le papa dans les couloirs ! J’ai eu très peur, mais la sage-femme m’a pris la main et m’a tout expliqué. Il fallait sortir mon bébé dans l’urgence. Cinq minutes plus tard, il était là, et quelques instants après j’ai pu prendre ma fille contre moi. Un véritable instant de grâce. Il n’y a pas de mots pour expliquer ce que j’ai ressenti à ce moment‑là. Plus rien ne comptait autour de moi, je ne voyais qu’elle.  »

Les premières heures avec votre enfant

Une fois le cordon ombilical coupé, on sèche le bébé et on le laisse sur votre poitrine, en peau à peau. Cette technique aujourd’hui répandue dans toutes les maternités a l’avantage de réchauffer le nouveau-né bien mieux qu’une lampe chauffante et de favoriser le lien émotionnel avec la mère. La sage-femme évalue ensuite l’adaptation du nouveau-né à la vie extra-utérine : cri, vitalité, tonus, couleur de la peau, respiration, fréquence cardiaque, c’est le score d’Apgar, qui sera coté à une minute, deux minutes, trois minutes et cinq minutes. Puis, pendant environ deux heures, vous restez en salle de naissance : l’équipe surveille votre état de santé et observe l’enfant. «  On regarde le faciès, les oreilles, le palais, la colonne et les organes génitaux, détaille Virginie Bonjour. On vérifie qu’il n’y ait pas de malformations, puis on donne des vitamines, on met des gouttes d’antibiotique dans les yeux et on met les bracelets.  »
Vous serez également invitée à donner le premier repas de votre bébé, au sein ou au biberon, puis vous intégrerez votre chambre et pourrez continuer à faire tranquillement connaissance avec lui. Vous aurez ensuite plusieurs jours pour vous remettre. D’une durée moyenne de quatre à six jours, selon qu’il s’agit d’un accouchement par voie basse ou d’une césarienne, le séjour à la maternité sert à accompagner le couple dans sa nouvelle vie de parents. Premier bain, soins du cordon, change… vous apprenez à vous occuper de votre enfant. L’équipe médicale est aussi là pour repérer d’éventuelles complications et pour vous soulager des suites de couches. «  La patiente peut ressentir divers désagréments : des contractions de l’utérus qui reprend progressivement sa place initiale, une gêne au niveau de l’épisiotomie ou des sutures de césarienne, des irritations des mamelons dues à la mise en place de l’allaitement, note Catherine Ryo. Il faut savoir aussi que les saignements post-accouchement peuvent durer plusieurs semaines de façon peu abondante après la sortie de la maternité.  »
Un conseil : profitez de ce séjour pour vous reposer. «  L’accouchement n’est pas une formalité. La maman et le bébé sont fatigués, et il faut respecter ça, insiste la sage-femme. Il ne faut pas hésiter à espacer les visites de vos proches et à prendre du temps pour dormir en même temps que votre enfant.  » Famille et amis auront tout le loisir de venir admirer votre petite merveille une fois que vous serez rentrée à la maison, fraîche et dispose.

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