Seniors, gardez le sourire

, par  Suzanne Kestenberg

L’espérance de vie ne cesse de croître en France, mais vivre plus ne signifie pas vivre bien, surtout si la santé bucco-dentaire n’est pas au rendez-vous. Or c’est le cas pour bon nombre de seniors : plus de 60 % des sexagénaires ont perdu plusieurs dents et, parmi eux, 16 % sont totalement édentés. Dans ces conditions, la vie sociale est le plus souvent réduite, par crainte de montrer sa bouche. Pourtant, des solutions existent pour conserver le sourire.

Plusieurs études montrent que 85 % des pertes de dents sont dues aux maladies parodontales, appelées communément déchaussement. Cela commence par une gingivite : les gencives saignent au brossage. Sans traitement, celle-ci évolue en parodontite : la situation s’aggrave, les dents deviennent mobiles et finissent par tomber. Pendant longtemps, on a jugé ces affections inéluctables et sans véritable recours, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Comme l’affirme le docteur Jean-Louis Giovannoli, chirurgien-dentiste à Paris, « il n’est pas normal de saigner des gencives, de même qu’il n’est pas fatal de perdre ses dents avec l’âge ».
Les maladies parodontales sont des inflammations d’origine infectieuse. La bouche est la partie du corps humain contenant le plus de bactéries : plus de cinq cents espèces y circulent normalement. Cela dit, chaque individu réagit différemment à l’infection. Certains sont très résistants, d’autres moins, car ils présentent des ­facteurs de risque qui influencent ce que l’on appelle la réponse de l’hôte à l’infection. Les facteurs susceptibles de favoriser le développement des maladies parodontales peuvent être :
• génétiques (ce facteur, peu connu, est très important) ;
• acquis. Ils sont alors liés à l’existence de maladies systémiques, comme le ­diabète, ou à une baisse de l’immunité due, par exemple, au virus du sida ou à une chimiothérapie anticancéreuse ;
• environnementaux. On classe dans cette catégorie tout ce qui est lié au comportement individuel et qui joue un grand rôle dans l’apparition des infections buccales : tabac, alcool, stress, obésité… Ainsi, les fumeurs perdent plus souvent leurs dents que les non-fumeurs.

Eviter de perdre ses dents

La parodontite se développe à partir d’une gingivite. L’inflammation atteint cette fois l’ensemble des tissus de soutien des dents : la gencive, le ligament et l’os alvéolaire. Sous l’effet de l’infection, la gencive finit par se détacher de la dent et forme alors une poche parodontale. La profondeur de celle-ci est proportionnelle à la sévérité de la maladie : elle peut être légère (poche de 1 à 2 mm), modérée (3 à 5 mm) ou sévère (supérieure à 5 mm). La formation de cette poche s’accompagne d’une perte osseuse qui peut évoluer jusqu’à l’extrémité des racines et aboutir à la perte des dents.
Outre ces conséquences directes, les infections parodontales sont susceptibles de se répercuter sur tout l’organisme : il a été démontré qu’elles peuvent être à l’origine d’accidents cardiovasculaires ou d’infections pulmonaires. « Face à une parodontite, la priorité consiste donc à décontaminer la bouche, indique le docteur Giovannoli. On commence par un détartrage, qui permet d’éliminer les dépôts minéralisés, suivi d’un surfaçage des racines dentaires, sous anesthésie locale, s’il existe des poches. On donne également des conseils ­d’hygiène au patient et on lui prescrit des antiseptiques sous la forme de bain de bouche. » Dans la majorité des cas, ce travail mécanique suffit pour sauver les dents, mais dans les formes les plus sévères des antibiotiques peuvent être prescrits et des actes chirurgicaux se révèlent parfois nécessaires pour assurer un nettoyage en profondeur et tenter de réparer les tissus détruits.

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L’hygiène, une priorité

« Ce n’est pas tout : encore faudra-t-il maintenir ces résultats dans le temps, poursuit le docteur Giovannoli, car si les patients n’améliorent pas leur hygiène bucco-dentaire, tout ce travail n’aura pas servi à grand-chose. » Les personnes qui ont été traitées sont par définition à risque et doivent donc être très vigilantes si elles veulent garder leurs dents. Il leur faudra veiller à se brosser les dents trois fois par jour et à utiliser du fil dentaire, des brossettes interdentaires et des bains de bouche. De plus, le ­détartrage devra être renouvelé tous les trois à six mois. Un effort rigoureux d’hygiène est ­d’autant plus nécessaire qu’avec l’âge et la prise de certains médicaments la salive devient moins abondante. Or avec moins de salive, les risques de caries et de déchaussement s’amplifient (lire ­l’encadré « SOS salive »).

Restaurer les dents délabrées

Quand une dent est très abîmée et ne peut être restaurée par une obturation (« plombage »), la mise en place d’une prothèse s’impose. Il en existe plusieurs types : la couronne, l’inlay-onlay et le bridge.
La couronne, qui recouvre une dent unique, peut être en métal (le plus souvent réservé aux dents du fond), en céramo-métal ou en céramique. Le métal est un mélange nickel-chrome, à ­bannir chez les personnes allergiques au ­nickel ; celui‑ci peut être remplacé par un mélange chrome-cobalt, mieux toléré et tout aussi solide. Réalisée sur un support métallique, la couronne céramique a une solidité comparable au « tout métal », pouvant durer une bonne dizaine d’années. Autre option, plus onéreuse : la couronne en céramique conçue sur une armature de zircone. La zircone, ou oxyde de zirconium, est aussi dure que le métal, mais elle est blanche, ce qui la rend idéale pour les dents du sourire.
Une dent très délabrée impossible à obturer peut également être reconstituée par la technique de l’inlay. Celle-ci permet de reconstruire la partie interne de la dent (partie invisible). Après une prise d’empreinte de la cavité à remplir, l’inlay est fabriqué par un prothésiste. Il peut être en métal, voire en or, mais le plus souvent il est en céramique. L’onlay permet, lui, de reconstruire la pointe et le sommet d’une dent : il est collé à la dent et est parfaitement étanche. On parle parfois d’inlay-onlay, car les deux pièces vont souvent de pair lorsque la ­restauration complète de la dent est nécessaire. Les résultats sont solides et esthétiques. Le seul inconvénient de l’onlay est son prix : non reconnu par l’Assurance maladie, il est remboursé sur la base d’un soin dentaire, c’est-à-dire environ 10 % de son prix…
Enfin, même si les termes sont voisins, il ne faut pas confondre l’inlay et l’inlay-core. Ce dernier est une pièce en métal précieux ou en céramique utilisée en cas de délabrement carieux très important, pour faire la jonction entre la racine et une couronne dentaire communément appelée (à tort) pivot. Il est constitué de deux parties : l’une qui va s’ancrer dans la racine et une partie supérieure qui va servir de moignon pour poser la couronne.

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Remplacer les dents manquantes

Lorsque des dents viennent à manquer, il est indispensable de les remplacer, car dans le cas contraire les conséquences sont multiples : outre l’aspect inesthétique, il peut en résulter des troubles de l’élocution, de la digestion, des risques de dénutrition et une réduction de la vie sociale.
Une dent manquante peut être remplacée par un bridge (« pont » en anglais), avec un inconvénient majeur : il faut tailler deux dents, souvent saines, pour servir de piliers de part et d’autre du bridge.
Lorsque plusieurs dents doivent être remplacées, on peut avoir recours à un appareil amovible. Celui-ci s’intègre aux dents existantes grâce à des crochets. L’­ensemble est stable, économique et durable. L’inconvé­nient : il doit être retiré après chaque repas pour être nettoyé. De plus, il n’est pas toujours possible de dissimuler les crochets métalliques.
Quant aux implants dentaires, ils représentent une solution pratique, esthétique et durable. Ils peuvent être proposés à tous, sauf contre-indications médicales (lire l’encadré ­« Implants : des contre-indications). Un implant dentaire est une vis en titane placée dans une cavité forée par le praticien dans l’os de la mâchoire. Sur cette vis est fixée la prothèse, une fausse dent en céramique ou céramo-métallique. « Comptez trois à quatre mois entre la pose de l’implant et la mise en charge
de la prothèse »
, précise le docteur Alexandre Miara, spécialiste en implantologie. Si l’on a besoin de pratiquer une greffe osseuse, comptez cinq mois de plus. » En attendant, un bridge provisoire peut être mis en place.
Avec les implants, il est possible de remplacer plusieurs dents manquantes. Pour le docteur Bernard Guillaume, chirurgien maxillo-facial, « c’est une solution “écologique” qui, en évitant d’­abîmer les dents adjacentes – comme c’est le cas pour un bridge –, économise le capital dentaire ». Les implants peuvent également servir d’attache à un appareil amovible. « Cela se pratique sur la mâchoire inférieure, sur laquelle les appareils bougent en permanence  », précise le docteur Miara. Deux à quatre implants permettent de clipper l’appareil sur la mâchoire : une solution à un moindre coût, offrant un bon confort à une personne édentée, qui peut ainsi parler, manger sans problème et avoir une vie normale jusqu’au plus grand âge. En effet, « si le volume osseux de la mâchoire est suffisant, souligne le docteur Bernard Guillaume, il n’y a pas de limite d’âge à la pose d’implants ».
Lorsqu’il est insuffisant, une greffe s’­impose. Il en existe différents types :
• la greffe autogène. Dans ce cas, un greffon est prélevé chez le patient, au niveau du menton ou près des dents de sagesse inférieures. Il est fixé là où l’os manque et, après quatre à six mois de cicatrisation, le ou les implants sont mis en place ;
• la régénération osseuse guidée (ROG). « Avec cette technique, plus rapide, on utilise le plus souvent des biomatériaux sous forme de granules, recouverts d’une membrane qui les stabilise, explique le docteur Miara. C’est ce que je pratique dans la grande majorité des cas. » Quatre à cinq mois plus tard, l’implant peut être mis en place. L’opération, réalisée sous anesthésie locale, n’est pas douloureuse.

Exiger un devis

La pose d’implants dentaires est une technologie éprouvée, qui bénéficie aujourd’hui d’une trentaine d’années d’expérience. Il est bien entendu préférable de s’adresser à un spécialiste dont c’est une des principales activités. D’ailleurs, bien des dentistes qui ne se sont pas lancés dans cette technologie envoient leurs patients chez un spécialiste pour la partie chirurgicale de la pose de l’implant, quitte à s’occuper ensuite de la prothèse à y insérer.
Par ailleurs, il faut se méfier des tarifs racoleurs annoncés sur Internet, tout comme du tourisme dentaire dans des pays où l’on brade les prix. La pose
d’­implant doit ­bénéficier d’un suivi : ­plusieurs visites chez le dentiste sont nécessaires durant quelques mois. Un voyage rapide à l’étranger peut présenter des risques, faute de ce suivi.
Côté coût, les implants sont totalement ignorés de l’Assurance maladie, donc non pris en charge. En revanche, les prothèses fixées sur implant sont remboursées à hauteur des prothèses mobiles, soit
70 % d’un tarif de base, dit de responsabilité, qui s’élève à 64,50 euros* et est donc très inférieur au tarif réel. Une prothèse classique revient en effet, selon les villes et les arrondissements des grandes villes comme Paris, entre 500 et 900 euros. Au total, pour la pose d’un implant et de sa prothèse dans un cabinet privé, il faut compter entre 2 000 à 2 500 euros. Dans un hôpital, le prix peut être légèrement inférieur (environ 2 000 euros). Enfin, dans les centres mutualistes, le tarif moyen pour un implant et sa prothèse est de l’ordre de 1 700 euros. Bref, même s’ils représentent la meilleure solution à la fois technique et esthétique pour remplacer les dents manquantes, les implants dentaires sont loin, hélas, d’être à la portée de tous. Et ceux qui peuvent y recourir doivent, avant de se lancer dans ces travaux longs et coûteux, exiger un devis, le lire très attentivement et, surtout, ne pas hésiter à poser toutes les questions à leur dentiste avant le premier rendez-vous.

* Sur cette base, le remboursement de l’Assurance maladie s’élève donc à 45,15 euros : difficile de faire moins !

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